Interview le 1er jour. Lundi 23 mai 2005, après sa victoire face à Monaco:
Q. Vous vous sentez plus fort après ces 5 mois ?
R. On a commencé en novembre, cela fait plus que 5 mois. Cela a été dur au début, car j'ai été blessé en Australie. Disons que tous les résultats jusqu'au début de la saison sur terre battue ont été bons. Je travaille plus sur mon mental maintenant. Avant le match, pendant le match pour être plus concentré que je ne l'étais d'habitude. J'ai aussi plus fait un travail physique.
Q. Votre préparateur, quand il travaillait avec CORIA, était réputé pour faire travailler le corps.>
R. Oui, il est excellent. Avec Jim, c'était plus facile pour lui, car Jim était très exigeant, il voulait vraiment travailler cet aspect de son tennis. Pour moi, j'ai aussi décidé de travailler plus.
Q. Comment expliquez-vous votre saison ? Bons résultats, après la Coupe Davis pas excellent et puis vous revoilà maintenant face à votre public, ici, en France.>
R. Peut-être pour la Coupe Davis, c'était un peu trop tôt après ma blessure. Mais on veut toujours jouer dans l'équipe de la Coupe Davis. J'avais un peu besoin de temps pour rattraper mon niveau de tennis. Je crois qu'à Key Biscane même si j'ai perdu au deuxième tour, j'ai eu le sentiment de jouer beaucoup mieux. Je jouais aussi mieux pendant l'entraînement, j'avais de meilleures impressions sur le court. J'ai bien joué je crois. Je crois que c'est une bonne préparation pour le tournoi ici.
Q. Avez-vous changé vos cordages ?
R. Oui, j'ai essayé déjà cette solution à Houston et cela m'aide pour les balles avec un effet.
Mais quand je vais taper plus à plat, c'est moins bien.
Q. Cela à avoir avec le problème pour votre bras ?
R. Non. Je suis à 20 21 22, c'est une tension assez basse.
Q. Vous essayez maintenant de faire des échanges plus longs ? C'est le sentiment que j'ai eu aujourd'hui. Vous prenez moins de risques, non ? >
R. Oui, je savais que cela allait être un match dur contre Monaco. C'est un bon joueur de fond de court. J'ai essayé de jouer le même genre de jeu dès le début du match, de jouer un tennis très solide, très sûr. Et laisser passer un certain nombre de points importants m'a donc aidé.
Q. Quand tu as appris que tu jouais contre lui au premier tour, tu t'attendais à quel match ?
R. Je savais que c'était un très bon joueur de terre, mais je ne le connaissais pas bien.Ce n'était pas évident, je savais que ce serait difficile, long, qu'il allait faire un match solide.Je m'attendais à un match dur.
Q. Cela s'est beaucoup joué au premier set et au premier jeu du deuxième ?
R. Oui. Au premier set, c'était important bien sûr. Même si je gagne ce jeu qui est très long au second, je ne le breake pas derrière, mais après. Cela ne s'est peut-être pas joué à ce jeu là, mais à partir du milieu du second j'ai commencé à sentir qu'il lâchait un peu.
Q. Tu t'es senti bien tout de suite ?
R. Oui assez bien. Au niveau physique, je me déplaçais bien, j'avais peut-être du mal à trouver mes sensations au début avec un peu de vent, mais ce sont des conditions assez lourdes sur ce court plus que sur le Chatrier ou les autres courts. Mais non, au niveau du déplacement c'est bien.
Q. Tu te sens comment dans ton jeu et physiquement par rapport à Houston où tu es allé jusqu'à finale ? >
R. Physiquement, c'est totalement différent, c'est un tournoi en 5 sets là-bas ; c'était totalement différent. Mais j'essaye de reproduire ce que je faisais là bas au niveau des sensations, au niveau de l'attitude aussi, de jouer tous les points.
Q. Comment tu qualifierais ta préparation à ce Roland Garros ? Ces dernières années tu as été blessé ou fatigué ou pas en forme. Cette année tu as changé ta programmation, tu n'as pas joué à Monte Carlo. Tu estimes que cette préparation est bonne ? >
R. Au niveau physique oui. Au résultat, j'aurais préféré jouer mieux que cela sur les deux master series, mais j'essaye de faire ce qui est le mieux pour moi toujours en vue de Roland Garros. J'ai trouvé qu'après Key Biscane il n'y avait pas assez de temps pour jouer Monte Carlo et être prêt, j'ai préféré changer, mieux m'entraîner faire une vraie préparation car les deux dernières années, je n'ai pas passé énormément de temps sur terre battue avant le début du tournoi. J'ai essayé de changer et trouver quelque chose pour très bien jouer ici.
Q. Tu parles de changements. Tu as changé de cordage, qu'est-ce qui a motivé ce changement? Que recherches-tu comme modification par rapport à cela?
R. Essayer de trouver un effet plus lifté. Côté coup droit, revers aussi sur ma seconde balle. Au début, j'avais un peu de mal, au niveau des touchés en slice ou des petites balles, à contrôler, je sentais un peu moins bien. Et quand je me place, c'est différent, il faut passer un peu en-dessous de la balle, mettre plus d'effet qu'avec uniquement du boyau. Voilà. Je ne pense pas à ce cordage, j'ai fait le choix de jouer sur terre battue avec cela et j'irai jusqu'au bout
Q. Tu cherches plus de sécurité dans ton jeu ?
R. Surtout de trouver, côté revers, plus de rotation dans la balle. Cela peut aussi me libérer à frapper plus fort dans la diagonale, sachant que la balle va rester quand même. Oui, j'essaye pour améliorer tout ce que je peux.
Q. Ce changement est venu de ta réflexion ou de celle de ton coach ?
R. J'y ai pensé et lui aussi. Il m'a appelé le lendemain et j'ai décidé d'essayer au moins à l'entraînement et, après, d'essayer à Houston et d'aller jusqu'à la fin de la saison sur terre battue.
Q. Ce cordage a des incidences sur ton coup droit ?
R. Oui, quand je frappe à plat, je ne peux pas vraiment le faire à plat. Je suis obligé de mettre un peu d'effet car à plat, elle part moins bien qu'avec du boyau, car le boyau c'est plus nerveux comme cordage.
Q. J'imagine que cette victoire contre Monaco, spécialiste de terre battue, t'a donné confiance pour la suite. Quelles sont tes ambitions pour Roland Garros ? Tu prends match après match ?
R. Oui je n'ai pas envie de voir trop loin. J'ai un deuxième tour. C'était un match solide aujourd'hui, ce n'était pas évident comme premier tour. Je sais que je peux tenir sur la durée, après, on verra au prochain tour. Je me concentrerai sur mon prochain adversaire.
Q. On t'a senti plus attentiste sur le terrain. C'est un choix ou vas-tu essayer de faire évoluer ton tennis de façon plus offensive pour les prochains tours ? >
R. J'ai essayé de moins tenter de tenir plus la balle et de travailler plus le point, de faire plus un jeu de terre battue. Ce sont des conditions assez lourdes aussi pour faire avancer la balle sur le Lenglen, ce n'était pas évident et c'est un bon joueur. On ne peut pas vraiment frapper sur toutes les balles, comme il a une bonne qualité de balle.
Q. Tu fonctionnes beaucoup au plaisir. En prend-on autant à jouer plus sécuritaire comme tu le fais ? >
R. Oui, il y avait des petits échanges aussi assez sympas. Des amorties. J'ai essayé de faire ce que j'avais à faire aujourd'hui.
Q. Tu as dit que tu te sentais physiquement plus fort que l'an dernier à la même période.>
R. Oui.
Q. Dans quel domaine particulier ?
R. Au niveau de la répétition des efforts, sur l'endurance. Par le passé, j'avais plus de coups de barre, ou bien je laissais filer un peu pour récupérer. Là, je sens que je peux enchaîner les points et être plus solide sur la durée.
Q. Même si tu restes numéro 1 français au classement technique, on parle un peu moins de toi en ce moment, car il y a eu GASQUET et MONFILS. Comment vis-tu, non pas cet anonymat, mais le fait de ne plus avoir ces regards braqués sur toi ? >
R. Je ne fais pas attention. En tennis individuel, il faut se concentrer sur soi, je ne fais pas attention aux autres joueurs, je fais ce qui est bien pour moi et je joue le mieux possible au tennis. La venue de Richard et de Gaël, c'est un plus pour le tennis français, ce sont des joueurs talentueux qui ont de gros potentiels.
Q. Ca te délègue d'une certaine pression ou aimais-tu bien que tout le monde n'attende que de toi ? >
R. Je n'ai jamais ressenti énormément de pression à Roland Garros. J'ai toujours essayé de prendre du plaisir de jouer le mieux possible ici et voilà. Je n'ai jamais ressenti énormément de pression, c'est vraiment un avantage de pouvoir jouer ici un Grand Chelem en France.